Ce qu'un deuxième prénom est, et n'est pas
En France, un enfant peut recevoir un ou plusieurs prénoms ; rien n'oblige à en donner un deuxième, et rien ne limite leur nombre. Tous figurent sur l'acte de naissance, séparés par des virgules. Le premier est le prénom d'usage par défaut, mais n'importe lequel peut le devenir (article 57 du Code civil). Le deuxième prénom est donc une réserve — de sens, de famille ou d'identité — que l'enfant pourra un jour utiliser, ou jamais.
Le deuxième prénom est le seul choix de tout le parcours qui n'a presque aucune conséquence quotidienne. Personne ne l'appellera par ce prénom, il ne figurera pas sur l'étiquette du manteau, l'instituteur ne le saura pas. C'est précisément ce qui le rend utile : on peut y mettre ce qu'on n'ose pas mettre en premier. Voici ce que la loi permet, à quoi les familles s'en servent, et comment il règle la question la plus fréquente — le prénom d'un grand-parent.
Une précision, parce que la question revient : l'INSEE ne publie pas les deuxièmes prénoms. Le fichier des prénoms ne compte que le premier prénom de chaque enfant. Il n'existe donc pas de « classement des deuxièmes prénoms » en France, et les articles qui en donnent un l'inventent. Ce que nous savons vient de la loi et de l'usage, pas d'un palmarès.
Trois usages réels
Le prénom d'un grand-parent, d'un parrain, d'une personne disparue. C'est l'usage le plus ancien et le plus répandu, et c'est celui pour lequel le deuxième prénom a été inventé : honorer sans imposer. L'enfant porte le lien ; il n'a pas à porter le prénom.
Un prénom que l'enfant pourra choisir plus tard. Un adolescent qui n'aime pas son premier prénom, un adulte qui s'installe à l'étranger, une personne dont le premier prénom est devenu pesant : utiliser l'un de ses autres prénoms au quotidien ne demande aucune démarche (article 57 du Code civil). Modifier officiellement l'ordre des prénoms sur l'acte passe par une demande de changement de prénom en mairie (article 60), dont l'officier d'état civil apprécie l'intérêt légitime — une démarche bien plus simple quand le prénom figure déjà sur l'acte.
Avec un prénom et un nom courants — Louise Martin, Gabriel Bernard — le deuxième prénom sépare votre enfant des autres Louise Martin sur les papiers officiels, les dossiers médicaux, les listes d'inscription. Avec un nom parmi les vingt plus portés en France, l'avantage est réel.
Un usage plus fragile : « faire joli ». Un deuxième prénom choisi pour la sonorité de l'ensemble (Louise Victoire Martin) ne sera jamais dit ainsi que par vous, à la maternité. Rien n'interdit ce choix ; il ne suffit simplement pas à lui seul.
Les trois places d'un prénom de famille
La demande la plus fréquente est celle-ci : l'un des deux veut donner le prénom d'un grand-parent, l'autre ne l'aime pas, ou le trouve trop daté. La bonne question n'est pas « oui ou non » mais « à quelle place ». Un prénom de famille a trois places possibles, qui ne coûtent pas la même chose.
Le prénom est porté tous les jours. Il faut qu'il passe le test du nom de famille et qu'il soit acceptable pour les deux parents, pas seulement pour celui qui honore. Fonctionne bien quand le prénom est revenu dans l'usage (voyez la liste ci-dessous).
Le lien est inscrit, le quotidien est libre. C'est la place naturelle pour un prénom aimé par l'un des parents et toléré par l'autre, ou pour un prénom encore trop daté pour être porté. Coût : nul.
Le trait d'union fait un seul prénom, porté en entier. C'est un vrai premier prénom, avec toutes ses contraintes ; rarement la bonne réponse à un désaccord, parce qu'il impose le prénom de famille au quotidien tout en le diluant.
La règle simple qui met fin à la plupart des discussions : celui qui veut honorer choisit la place ; celui qui hésite garde un veto sur la première place seulement. Le deuxième prénom, lui, ne fait pas l'objet d'un veto : il ne coûte rien à personne et donne beaucoup à quelqu'un.
Les prénoms de grands-parents, aujourd'hui
Pour décider de la place, il est utile de savoir où en est le prénom dans son cycle. Voici les prénoms qui figuraient dans le top 20 entre 1945 et 1965 — la génération des grands-parents et arrière-grands-parents des enfants nés en 2025 — avec leur année de sommet et leur rang aujourd'hui.
La lecture est franche : les prénoms de cette génération sont, pour la plupart, au-delà du 500e rang en 2025 — les exceptions (Marie, Jean, Pierre, Marcel, Georges, Jacques, Colette) sont des prénoms de toujours ou déjà revenus. Non qu'ils soient laids : ils sont encore portés par des personnes vivantes, et les prénoms reviennent trois générations après leur sommet, pas deux (le cycle est mesuré dans prénoms anciens qui reviennent). Un Marcel ou une Suzanne en première place est un choix d'avance, parfaitement possible ; un Michel ou une Monique en deuxième place est un hommage sans coût. Les deux sont bien.
Les questions qui reviennent
Méthode et sources
D'où viennent les règles et les chiffres
- Droit : Code civil, article 57 (choix des prénoms par les parents, plusieurs prénoms possibles, tout prénom inscrit peut être choisi comme prénom usuel, contrôle de l'officier d'état civil) et article 60 (changement de prénom par déclaration en mairie, consentement du mineur de plus de treize ans). Ce guide décrit la règle générale ; votre mairie renseigne sur les cas particuliers.
- Ce que l'INSEE compte : le Fichier des prénoms ne recense que le premier prénom de chaque enfant ; aucune statistique publique ne porte sur les deuxièmes prénoms.
- Prénoms de grands-parents : INSEE, fichier national ; prénoms présents dans le top 20 de leur sexe au moins une année entre 1945 et 1965 ; sommet = année du maximum entre 1940 et 1970 ; rang 2025 par sexe.
- Exemples : Marcel, Léo et Dubois sont des exemples de construction, choisis parmi les prénoms et noms les plus courants ; ils ne désignent personne.